Vendredi 3 novembre 2017, Mme Céline CALVEZ,  députée La République en marche des Hauts-de Seine, recevait une délégation des grévistes du sous traitant de la propreté, Héméra, en lutte depuis le 19 octobre sur leur lieu de travail, l’hôtel Holiday Inn de Clichy.

Avant la réunion, elle a contacté personnellement une membre de la délégation pour s’assurer que les choses allaient se passer dans le calme et sans bruit. Comprenez : les mégaphones, les drapeaux et les couleurs vives de La CNT-SO et de La CGT-HPE, pas de ça devant sa permanence !

Pas contente la dame, le 3 novembre, de voir et d’entendre que la délégation était venue accompagnée de tous les grévistes et de leurs soutiens !

La délégation syndicale a commencé par expliquer à la députée les problèmes que vivent les salariés à l’hôtel Holiday Inn, et qui les ont conduits à partir en grève, faute de toute réponse favorable de l’entreprise Héméra, sous-traitante de l’hôtel Holiday Inn.

Pour rappel, les revendications, qui consistent majoritairement, in fine, à faire respecter la législation du travail, sont :

  • Le respect des contrats de travail
  • La suppression de la clause de mobilité
  • L’augmentation des qualifications, donc des salaires avec notamment le passage en catégorie B
  • Le respect des accords de site passés avec l’ancienne société, sur la durée du travail
  • Le paiement de toutes les heures travaillées
  • Le versement d’une prime de panier, comme pour les salarié-e-s de l’hôtel
  • L’attribution d’une prime de 13ème mois, égale à 1/12e du salaire annuel
  • La suppression de l’abattement de 8% sur la base des cotisations sociales.

Devant le silence assourdissant de leur employeur, Héméra, les grévistes ont ajouté une autre revendication :

  • la fin de la sous-traitance et l’embauche directe par l’Holiday Inn

La suite de la discussion a été surréaliste. Mme la Députée de la République en Marche s’est érigée en  fervente défenseuse des droits patronaux en faisant la leçon sur la flexibilité partagée en termes de temps et de lieu de travail.

A se demander si Mme la Députée écoutait vraiment les interventions des membres de la délégation : ils viennent lui parler d’employeurs qui ne respectent pas la législation du travail, et elle leur parle de flexibilité partagée !

Pire, Mme la Députée, visiblement bien coachée par les avocats des patrons de l’hôtellerie, a repris à son compte l’argumentaire de ces derniers concernant la question de la sous-traitance du service d’hébergement et le refus de son internalisation, allant jusqu’à affirmer que le nettoyage des chambres ne fait pas partie du cœur de métier de l’hôtellerie (il faut préciser que le droit du travail interdit de sous-traiter ce qui est le cœur de métier d’une entreprise … !).

Elle a également repris à son compte l’argumentaire patronal sur l’abattement de 8% sur l’assiette des cotisations sociales que pratique Héméra, une niche fiscale sans fondement juridique, dont usent les barons du nettoyage en toute impunité. Pour rappel, l’abattement est une pratique mise en place par les employeurs de la propreté et qui concerne des salariés multi-sites (ceux qui travaillent sur plusieurs lieux, ce qui n’est pas le cas des salariés d’Héméra à l’Holiday Inn)

Cet abattement illégal  a pour conséquence une minoration des droits sociaux des travailleurs d’environ 8%. Une paille peut-être pour Mme la députée ??? Pas pour les femmes de chambre, gouvernantes et équipiers d’Héméra !

Pour finir en beauté, Mme la Députée a maintenu qu’elle votera la ratification des  ordonnances Macron, et spécialement l’ordonnance relative au dialogue social, qui prive les salariés de la sous-traitance de la possibilité de se présenter aux élections professionnelles sur leur lieu de travail.

Malgré les explications de la délégation, notamment sur la centralisation des instances de représentation du personnel dans les entreprises du nettoyage qui prive de moyens l’activité syndicale, notamment quand les entreprises ont des chantiers un peu partout en France, Mme CALVEZ n’a pas changé ni modéré son appréciation de ladite ordonnance et de son contenu !

C’est donc peu dire que Mme CALVEZ s’est montrée clairement peu soucieuse des intérêts des travailleurs…

D’ailleurs, pour l’anecdote, quand un membre de la délégation lui a demandé ce qu’elle comptait faire concrètement pour les grévistes du Holiday Inn, Mme CLAVEZ a répondu en demandant à la délégation si des démarches avaient été effectuées auprès de l’inspection du travail et des prud’hommes compétents !!
Et oui, Madame, c’est fait, et depuis un moment !

Au total : aucune proposition, pas même de sortir parler aux grévistes ni de passer les voir sur leur piquet de grève, alors pourtant que les pratiques patronales qu’ils dénoncent sont graves dans un pays qui se dit soucieux des droits de l’homme !

Il est évident que le dialogue social que prône Mme CALVEZ, tout comme celui que prône son organisation La République en Marche, n’est que du pipeau !

Les travailleurs qui ont les pieds sur terre et qui vivent concrètement les conditions d’exploitation sont bien conscients du fait qu’à un moment, seule l’action et la construction d’un vrai rapport de force peut réellement changer la donne en leur faveur !

Mme CALVEZ est bien la députée de la République en marche…arrière !

Lire le compte rendu de la réunion avec la députée LREM de Clichy  18 compte rendu réunion avec la députée LREM de clichy

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